Samedi 16 juillet 2011 6 16 /07 /Juil /2011 18:15

mere-et-enfant-1921-22-copie-1Mon Cher Monsieur Diarra,

 

C’est avec le cœur léger que je vais t’écrire ce soir. Mais que te dire de ma journée d’aujourd’hui qui se termine en beauté ?Les enfants étaient là. La maison était animée de cette joie insouciante qui nous faisait rire sans raison, comme c'est le cas chaque fois que la famille Diarra se réunisse. Tu étais le grand absent. Tu nous manques.

Ils  viennent de partir et je commence à m’ennuyer. Je me suis dite alors, pourquoi ne pas t’écrire des choses simples que tu aimerais peut-être lire. Mais voilà, je ne sais par où commencer… peut-être que ça viendra au fur et à mesure que j’écrirai…

Je te parlerais peut-être d’amour, peut-être de la vie, peut-être du manque. peut-être de l'ennuie. Tu n’es pas surpris ? Tu as raison, j’aime parfois disserter sur ces choses-là, ils m’attirent même si  quelquefois ils m'échappent.

 Aujourd’hui, nous avons reparlé de mon mariage avec ton vieil ami Modou, celui qui travaillait à la CMDT. Il est actuellement à la retraite. Il parait qu’il a besoin de compagnie pour tenir sa maison. Les enfants ont pensé à moi. Ils s’inquiètent pour moi.  Ils me trouvent encore jeune pour être seule. Ils ont raison, mais là où ils voient la sécurité, moi je vois de la romance.

 

Modou est un homme bon, mais mes espoirs sont ailleurs. Je t’imagine entrain de sourire. Tu vois ? Je n’ai pas beaucoup changé, toujours la même écervelée qui croit encore aux contes de fée. A cet âge qui l’aurait cru ? Comme excuse, je leur dit que je ne suis pas encore prête. Ils peuvent comprendre cela.

Je rêve d’amour or je ne suis plus une midinette. Je suis l’aïeule d’une famille. Le pilier sur lequel ils s’appuient quand ils perdent l’équilibre. Le visage serein, je dois me parer de toute la dignité qu’il faut,  pour faire face à mon  destin  de mère.

J’écoute leurs cris de cœur et trouve les  mots qu'il faut. Je subis leur impatience et apaise leurs humeurs.

 Je sèche leurs larmes quand ils pleurent. Je soigne leur cœur quand il est blessé.

Je leur inculque la sagesse que je n’ai pas. Je leur insuffle la force qui me manque.  

Je déborde de tendresse envers eux quand mon cœur n’est que braise. Ils ne savent pas que c’est parce de  leurs plaintes, ils l’apaisent ; tel ce sein sec, qui à force d’être tété par l’enfant affamé, reprenne du lait.

 Je suis leur mère. 

Ce pouvoir fait de moi un être sans faille.  L’égal de Dieu sur terre. Tout est de notre faute, tout est sous notre responsabilité. Une tâche ingrate à laquelle je m’atèle si bien que mal.

Les enfants n’aiment pas les parents faibles. Les enfants sont ingrats, égoïstes et parfois injustes. Mais comment les en vouloir ?Ils sont si jeunes. Nous  sommes tous passés par là.

Ils m’appellent Badji ba diabali, le fleuve qui ne tarie pas. J’essaye de faire honneur à cette espérance. Mais au fond, tu sais aussi bien que moi que je ne suis pas aussi forte. 

 

Je ne peux leur parler de mes sentiments sans les rebuter.  Une déesse n’a pas de cœur, elle n’a pas de sexe, elle n’a que son aura. Ils ignorent mes blessures, mes déceptions et mes longues nuits du sans sommeil. Ils ignorent mes rêves et mes défauts cachés. Ils ne savent pas que seule ta patience   avaient eu raison de mes névroses. Mais c’est vrai, ils n’ont pas besoin de savoir tout cela.

L’homme de mes espoirs est ton autre ami Demba. Il est si prévenant. Depuis ton départ, il joue le rôle d’un second père pour les enfants. Il veille sur la famille. Il ne manque pas un week-end sans nous rendre visite et toujours avec un petit quelque chose à la main. Aujourd’hui, c’était du lait  apporté de son champ.

Cette bienveillance ne pouvait me laisser indifférente. Tu comprends ? Je m’émeus de sa sollicitude et sa présence est un réconfort dans ma solitude. Depuis quelques temps, je m’impatiente à attendre ses visites.

Mais est-ce que ces sentiments sont bien sages ?

Tu aurais trouvé la bonne réponse.

Tu m’aurais dite de ne pas m’en vouloir mais de ne pas trop m’épancher non plus,  car cela aurait été irraisonnable. Tu m’aurais rappelée son statut d’homme marié et l’amitié que sa femme me porte. Tu m’aurais conseillée de garder cet amour au fond du cœur, comme je sais si bien le faire, en attendant qu’il s’évanouisse.

 Et tu aurais eu raison.

 Monsieur mon cher époux, que mes plaintes ne troublent guère ta quiétude. Tu sais que je suis d’autant écervelée que je suis modérée. Je saurai faire le bon choix... même si ma couche reste froide.

 Je vais m’arrêter là. L’inspiration s’épuise, je la laisse donc partir. Il ne faut pas la forcer, j’aime quand elle me prend au dépourvu.

 Peut-être qu’une autre fois je te parlerais de la vie, d’amitié, de tout ou de rien.

Peut-être que la prochaine fois, je te dirais pourquoi je veux que tu sois là, à cet instant précis, auprès de moi…

Peut-être que la prochaine fois je serais timide pour dire cela et je t’écrirais alors des choses qui n’auront pas vraiment de sens…

Peut-être que la prochaine fois il y aura peut-être rien…

 Repose en paix. 

 

Par celle qui aime penser à toi, ta très chère Madame DIARRA.

 

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