Partager l'article ! La coupable,3ème partie: - Comment en est-on arrivé là ? &nbs ...
Ces Mots qui me Touchent
- Comment en est-on arrivé là ?
- L’autre est jeune et belle, avait répondu mère.
- Je ne suis pas vilaine.
- Mais plus très fraîche, ma chérie.
- 46 ans, est-ce si vieux que cela ? Pour moi la vieillesse est un état d’esprit.
- Si tu le dis…
- Mais je l’aime ! et...Je n’ai pas honte de mes sentiments, ils sont naturels.
- Tu le devrais pourtant. Tu n’es plus une enfant et chaque chose à son temps
- Ma vie de femme est-elle donc…déjà finie ?
- Si cette vie se limite à ta vie sentimentale et sexuelle, j’ai bien peur que oui. Et puis, soyons franches, ces acrobaties ne sont plus de ton âge.
- mère?
- Ne m’oblige pas à être impudique.
- Je me battrais pour qu’il revienne.
- Amen !
J’appelai ma bonne Bâna. Elle m’amena des ceintures de perles qui étaient en fait des gris-gris travaillés par un grand marabout de la place ; ces ceintures assuraient la fidélité de l’homme qui les toucherait. Elle m’enseigna des incantations envoûtantes, capables de forcer l’amour dans n’importe quel cœur. Ces kilissi que je rechignai de mémoriser au début de mon mariage, furent cette fois-ci appris avec assiduité. Elle me donna des élixirs d’amour avec lesquels en s''induisant le corps pouvaient donner un sex appeal aux femmes les moins attirantes. Certains avaient la vertu de redonner aux plus expérimentées, une jeunesse de première heure, quand on les plaçait dans des parities intimes. Ah les hommes ! Que ne ferons-nous pas pour vous retenir, et pourtant...
Quand je commençai d'utiliser ces « médicaments», Momo qui s’acquittait de ses devoirs conjugaux une fois par semaine, plus par obligation que par réel désir, redoubla la séquence avant de la quadrupler au bout de la semaine.
J’usais et j’abusais de ces drogues pour lui plaire encore, pour qu’il me revienne, et je ne devins plus pour Momo qu’un objet sexuel.
Un objet qui le contentait mais qui paradoxalement le répugnait. J’avais cru à un retour possible d’affection mais je me rendis vite compte que c’était sans aucun égard envers ma personne. Mon mari ne pensait qu’à son seul plaisir. Nos étreintes qui n’avaient plus rien de romantique finissaient toujours dans une glaciale indifférence. Je restais éveiller les nuits durant plus abattue que contentée, un goùt amer de remord à la bouche.
Notre relation se pervertit. Ce n'était plus un partage, mais plustôt un abandon. Momo faisait preuve d’un sadisme que de par mon laxisme, j’encourageais. Je m’offrais; il se servait ,sans dire merci. Mais cette prise de conscience, que je fis d’ailleurs très tôt ne changea rien. Je me prêtais à tous ses désirs pourvu qu’il reste. Je m’y employai avec une telle ardeur que bientôt mon corps se fatigua, et je tombai malade. Je souffris de courbatures et d'autres maux que je préfère taire. Et monsieur en profita pour aller à un de ces voyages professionnels qui l’amenaient des semaines durant à l’intérieur du pays.
Mais, l’étrange excitation dans laquelle ce voyage l’avait mis, finit par m’ôter mes dernières illusions.
Les petits pagnes amenés par ma bonne Bâna ne sortirent plus de l’armoire. Ses encens aux effluves envoutants ne parfumèrent plus mon intérieur. Les ceintures de perles n’allèrent plus à ma taille. Ma lingerie devint d’une banalité écœurante, et mon livre « comment aimer et garder son mari » resta dans le tiroir.
Rien n'avait plus d’importance. Mon mari ne me voyait plus en tant que femme, je ne n’étais plus que la mère de ses enfants, la gérante de son foyer. Ma féminité aussi dans le placard. Je n’avais plus tellement le choix.
Il n’y a rien de pire que l’indifférence d’une personne aimée, la sienne me devint insupportable. Je n’étais plus rien car je ne valais plus rien à ses yeux, me disais-je. Plus de discussions, plus de complicité aucune. À peine un bonjour le matin, et un timide bonsoir les rares nuits qu’il ne découchait pas.
Ma confiance en moi prit un grand coup. On se sent misérable et inutile mais aussi vaguement fautive. Je me gavais de nourriture pour oublier car les larmes seules ne pouvaient plus soulager.
Quant aux enfants, ils étaient assez grands pour comprendre, mais par pudeur ils ne posaient pas de question. Ils assistaient involontairement et impuissamment à la dégradation de leur cocon d’amour. Et ils en étaient très malheureux. Je mis ma sirani dans la confidence. Oh ma chérie ! Pardonne à ta mère d’avoir mise sur tes frêles épaules, les souffrances qu’elle-même ne pouvait plus endurer.
Les mots m'échappent; les mots me fuient...
Je grossissais à vue d’œil. Certains y voyaient la preuve de mon bien-être, mais s’ils savaient !
Je n’avais plus goût à rien. Je commençai à ressembler à Mariam, ma voisine du quartier, le prototype même de la femme délaissée. Sauf que d’elle, il ne restait plus que quelque lambeau de chairs. Un vrai squelette vivant. Sinon c’était le même regard triste et désabusé ; la même moue amère à la bouche.
Non ma chérie, pas toi ! Ressaisis-toi ! Tu es différente de ces femmes mal-aimées. Avec ton mari, vous êtes différents ! Mais en quoi ? J’étais pareille à ces femmes, qu’avant je méprisais la faiblesse et l’apathie face à une situation pour laquelle je les tenais pour responsable.
Je fis de ces femmes aigries par le manque d’affection; ces femmes torturées psychologiquement et matériellement parce qu’elles n’avaient pas su rester la favorite ; ces femmes désespérées qui se ruinaient chez les marabouts pour un peu de rêves qui se finissaient généralement en cauchemar.
Oui, je fis de ces mères dont les enfants subissent en silence mais finissent toujours par payer le prix d’une situation dont ils ne sont que des victimes.
Je faisais désormais partie d’elles ! Elles qui n’avaient plus d’autres sujets de discussions que les hommes, leurs défauts, leur insouciance et leur inconscience...Et j’ai compris.
Maintenant je comprends mieux que personne comment la solitude peut vaincre la volonté la plus féroce, la force la plus redoutable ; comment elle peut détruire les rêves les plus romantiques. J’ai compris également comment la déception peut corrompre l’amour le plus honnête.
***
Je n’arrive pas, mère, je n’arrive plus. « Sois patiente. Le mariage n’est pas facile, il y a des moments de bonheur certes, et des périodes difficiles qui finissent heureusement par passer, toujours. Sois patiente, sois patiente ma fille ». Il ne dort plus à la maison mère, et elle est enceinte de lui. « Laisse-le faire. Veuille sur tes enfants et prie pour eux. Ils seront ta fierté et rétabliront un jour ton honneur. Que cherches-tu de plus ? ». Son affection, et je l’ai perdu. « Oh ! Honte sur toi ma fille ! L’amour, est-ce cela qui te nourrit ? ». Hélas oui.
Pourquoi d'ailleurs discuter? Tu ne peux pas comprendre mère, tu es d’une autre époque, l'époque où l’amour était bani car taxé de vice; l’époque où les époux ne se découvraient que dans la chambre nuptiale; l'époque où l’épouse était la sœur, la mère mais pas certainement la maîtresse. L’époque où les femmes étaient mutilées pour contrôler leur libido débridé. L’époque, où, l’épouse d’un certain âge était remplacée dans ses fonctions par une jeunette plus vigoureuse.
Mais mère, moi je ne suis pas de cette époque-là. Je ne me suis mariée que par amour et uniquement par amour.
Mieux vaut que je parte. « N’y pense même pas ! Le mariage c’est pour la vie. Et d’ailleurs, où vas-tu aller avec tes enfants ? Tu ne travailles pas, comment vas-tu faire pour les nourrir ? ou veux-tu lpeut-être les laisser élever par une autre femme ? J’ai toujours haï cette monogamie, source de tous nos problèmes. Qui êtes-vous les femmes d’aujourd’hui pour condamner ce que Dieu a ordonné ? » Il n'a pas ordonné, Il l’a permis. « C'est la même chose. »
N’y a-t-il pas d’autre solution ?
J’errais dans ma maison telle un zombie, vaquant à des occupations fortuites pour m’occuper l’esprit et oublier. Quelques fois je partais chez des amies qui ne voulaient écouter mon malheur que pour mieux oublier les leurs.
Je cherchai le soutien auprès de ma belle famille, croyant trouver auprès d’elle un peu de compréhension ou une âme compatissante à ma douleur. Peut-être aussi, espérais-je trouver quelqu’un qui saurait raisonner Momo. Mais je ne reçus que du mépris, des reproches et de l’indifférence.
Eux que j’ai aimés et mieux entretenus que ma propre famille; eux qui ont toujours été les bienvenus chez moi et qui ont si souvent profité de ma générosité lors les évènements sociaux, me laissèrent tomber et m’isolèrent en un des moments les plus difficiles de ma vie. Pour eux j’étais la fautive, coupable d’avoir refusé de changer l’acte de mariage. Coupable de ne pas permettre à mon mari d’officialiser son adultère. Leur méchanceté partait jusqu'à faire les louanges de l’autre femme à ma présence; leur nouvelle chérie, qu’ils disaient.
Alors je m’accrochai à mes enfants, tout en essayant de faire bonne figure devant eux, mais nul n’était dupe et les pauvres petits s’étouffaient dans ce climat malsain.
- Laisse-le l’épouser, me dit mère.
- Non, je ne le peux pas. je n’ai pas la force de me battre toute ma vie contre une coépouse.
- Pourtant c’est la seule solution, ma fille. Si tu veux qu’il revienne vers toi, accepte de le partager avec elle.
- Plutôt divorcer.
- Ne dis pas de sottises. On en déjà parlé…mais, as-tu pensé aux enfants ?
- Je ne fais que penser à eux, mais dire que je reste à cause d’eux serait pur mensonge. Ils souffrent plus que moi de cette situation. Voir ses deux parents s’ignorer, se haïr,se déchirer…voir sa mère souffrir sans pouvoir rien faire, mère crois-moi, il n’y a rien de plus traumatisant pour un enfant. Et, quel exemple donnerais-je à mes filles ? Celui d’une femme incapable à s’occuper d’elle-même toute seule ? Si je ne divorce pas, ce n’est certainement pas à cause d’eux, mais parce que j’en suis incapable mère et...et cela me fait honte.
- Ton père a fait pire. Pourtant vous avez eu une jeunesse heureuse malgré tout, et vous êtes normaux.
- N'en sois pas si sûre. On aurait préféré que tu partes au lieu de subir avec toi toutes les humiliations que père te couvrait. On se sentait responsable de ta douleur. On savait que tu restais pour nous…Papa et toi, mère, c’était l’enfer.
- Comment oses-tu ? Que Dieu te pardonne cette impertinence.
- Dieu ne peut plus m’en vouloir pour cela, Dieu m’a déjà pardonné depuis longtemps.
- Reste encore un peu, rien n’est éternel même pas la douleur
- Ai-je d’ailleurs le choix, sinon pire, la force de partir?
***
- Allons-y consulter le marabout de Sata, me dit Fifi. Il vient de Sikasso et il est très réputé.
- Qui est Sata ?
- Ma collègue de bureau.
En d’autre circonstance j’aurais fait balader Fifi, mais en ce moment, j’étais désespérée. Elle m’aurait parlé du djinn en personne que j’aurais accepté.
Dudit marabout était en fait un féticheur géomancien. La collègue de Fifi habitait un quartier périphérique de la capitale aux routes très cahoteuses, l’accès n’était pas facile mais notre détermination n’en fut pâtie pour autant. Karamoko nous reçut avec un professionnalisme d’homme d’affaire avisé. Flanqué d’un sourire commercial, il nous invita dans son bureau de travail, une petite chambre sombre, équipée de deux nattes et d’objets insolites qui auraient fait le bonheur du musée national. Je me laissai tasser sur un coin de la natte. Fifi, très à l'aise, informa l’auguste homme de notre visite. Sans un mot, ce dernier étala le sable fin qui se trouvait par terre devant lui, y traça une série de trait qu’il effaça aussitôt avant de me donner une poignée de sable dans lequel je devais souffler ma question. Après d’autres séries de trait, le praticien laissa tomber le verdict.
- Vous êtes délaissée par votre mari. Il vous trahit avec une autre (ce que je savais déjà) et cette femme vous a maraboutée avec du caca de chien pour qu’il ne vous aime plus jamais (rien que ça)… et elle veut qu’il l’épouse (évident). Elle est de taille moyenne, pas très noirs de teint et un peu plus mince que vous ...et ...et elle doit avoir un parent qui s’appelle Mamadou (très vague)», et, conclut l’expert des problèmes conjugaux : « Vous êtes venu à temps sinon ç’aurait été trop tard, votre mari allait vous chasser de la maison sans un sou (J’en tremblai).
- Peut-on faire quelque chose contre ces maléfices ? demanda Fifi car moi je restais bouche bée devant le fait.
- Oui. Il y a toujours une solution, mais cela risque d’être très difficile…
Après avoir profondément consulté son sable, il continua :
- Il faudrait m’amener une chèvre rousse, cent noix de colas rouge, sept mètres de percale rouge, un peu de cheveux de votre mari. J’en ferai des sacrifices aux djinns de la brousse, ainsi il oubliera l’autre jusqu’au nom. Je te donnerai aussi des lotions qui le rendront encore plus proche de vous.
- Vous faite ce travail à combien?
- Puisque vous êtes amies avec Sata, une cliente de longue date, donnez-moi 50 000 F seulement.
Apres lui avoir payé les frais de la consultation qui s’élevait à 2000fcfa, on se retira.
La nuit nous avait surpris. Une nuit noire et sans étoile. J'eus la désagréable impression de copuler avec le diable et ça ne faisait que commencer. Ce n’était pas sain ce que je faisais, j’en étais consciente mais je ne pouvais plus m’arrêter. Je frissonnai, encore plus déprimée que jamais.
J’avais suivi Fifi chez ce karamoko pour avoir un peu d’espoir, soulager de peu ma peine mais je n’avais eu encore que du désespoir. Encore et toujours.
Fauchée (Momo n’alimentait plus mon compte d’épargne), les 50000f, je les empruntai avec fifi. Je ne raisonnais plus. J’étais prête à vendre mon âme au diable pour garder mon homme. Égoïste ? bien sûr, mais je m’en foutais.
L’homme de science occulte me donna deux fioles contenant chacune une solution noirâtre. Avec la première je devais m’enduire le corps avant et après chaque ébat avec mon mari. Mais je n'eus pas l'occasion de le tester, car Momo, depuis son retour de voyage, respectait tellement mon intimité qu’il préférait désormais dormir dans la chambre d’ami. Et puis encore, cette lotion était d’une telle puanteur que je fus heureuse de ne pas à m’en servir. Il finit dans le WC.
La seconde solution était destinée aux repas de mon mari. Plus facile à être utilisé, étant donné que Momo continuait toujours d'honorer ma cuisine. Elle avait la même fonction thérapeutique que la première, l’envoûter. Mais avant d’arroser la nourriture de monsieur avec, je devais d’abord le mélanger avec un peu de menstrues. Dégoûtant, n’est-ce pas? Mais efficace parait-il.
J’étais tombée tellement bas, par l’amour et la haine, que je pensais que mon statut d'épouse délaissée justifiait tout. En fait, je crois que c’était moi-même qui étais envoûtée ; possédée par la peur d’être abandonnée, par la peur de perdre cette sécurité dans laquelle je me confinais. J’étais esclave de l’affection de Momo. Il avait été mon mentor, sans lui je me sentais perdue.
Mais, il fallait aussi que je grandisse car j’étais encore une enfant. Mon éducation avait fait en sorte, qu’en tant que femme, je restais un eternel mineur. Ayant toujours vécu sous l’autorité d’un tuteur, d’abord les parents ensuite le mari, je n’étais pas assez autonome pour prendre ma vie en main, seule. Dans une société où la valeur d’une femme se mesure que par rapport à son statut matrimonial, je n’étais pas encore prête pour supporter le regard des autres.
Malgré mes médicaments, mon mari continua de dormir dans la chambre d’ami ; les nassi de ma rivale ont dû être mieux concentrés en pisse de bouc ou en sang menstruel. Que sais-je encore ? Pourquoi pas en pisse de chameau ? Dieu seul sait ce que les hommes mangent dans leurs repas.
***
Un matin de bonne heure, alors que je me languissais seule dans mon lit défait, l’autre m’appela ; lasse sans doute, d’attendre un mariage qui ne venait toujours pas. Elle m'appela avec le portable de Momo, et me dit à peu prêt ceci, avec une hypocrite bienveillance :
« Bonjour madame, désolée de vous avoir réveillée à cette heure-ci, mais il fallait que je vous cause. Il est dans l’intérêt de toutes les deux de mettre les choses au clair. Votre mari, à cet instant, ronfle sur ma poitrine, je suis celle qu’il aime. Il faut que vous essayiez de vous faire à cette idée…S’il ne tenait qu'à moi, il allait divorcer mais voyez-vous, je sais qu’il serait malheureux de se séparer de ses enfants … alors la seule solution qui reste est que vous acceptez que je devienne votre coépouse. Cela vaut mieux…Plus vite vous m’accepterez mieux ce sera ; mais, sache que vous le vouliez ou non, Momo m’épousera, je serais un jour sa femme devant Dieu et les hommes. »
Ce discours me vida des dernières volontés qui m’animaient. Elle l’avait appelé Momo, le petit nom que je lui donnais. Ses babillages ne m’avaient guère touchée, mais Momo…oui, elle l’avait appelé Momo, de quel droit osait-elle ? Et pour couronner le tout j’entendis le léger ronflement de mon époux couché sur la poitrine de sa maîtresse.
Ce matin là ce fut de trop, une partie de moi s’en est allée à jamais. Trop mère, je ne suis pas aussi téméraire. Je n’ai pas ta foi. Je renonce.
(A SUIVRE)
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires