Dimanche 3 avril 2011 7 03 /04 /Avr /2011 00:26

Je l’ai senti à 4 ans, au jardin d’enfant du projet quand je jalousais sans le comprendre ces filles qui tournaient autour  de Paul, le petit blond de la classe. Mon 1er amour.

Je l’ai appris à 11 ans, quand toute affolée et en même temps excitée,  ma grande sœur m’apprenait à utiliser une serviette hygiénique.

 Mais j’ai commencé à le vivre vers les 13 ans, par une coquetterie exagérée qui inquiétait ma mère et faisait sourire mes sœurs.  Avec peine, mère essayait de diriger mon regard, mais il y avait tant de choses à voir que cela était difficile.

C’était alors mon  impatience face à cette puberté qui venait trop lentement à mon goût ; ma poitrine qui tardait à pousser, mes  hanches encore étroites, même sous 2 ou 3  pagnes attachés ensemble.

 C’était aussi les séances de maquillage avec les copines, toujours  amusantes, avant de se rendre à un bal du quartier. On prenait conscience de notre féminité qui se caractérisait surtout par notre envie de séduire tout le monde et personne à la fois. Et je crois que,  j’aimais bien cela.

C’était aussi  les sourires timides mais  toujours coquins,  chaque  fois que  je croisais le regard trouble du  beau gosse de la classe. Je prenais conscience de mon corps  au fur et à mesure qu’il murissait. Je prenais ainsi conscience de mon pouvoir.      

Etre femme, on l’apprend toute seule; d’une façon intuitive et sans qu’on ne nous dise comment faire.

Et puis j’ai grandi. Le corps chétif s’était arrondi ; plus besoin de rembourrer les hanches, elles étaient bien faites à souhait. Les maladresses de la petite fille furent vite place aux manières un peu apprêtées de la femme. Fini la spontanéité ; fini la candeur. Les quelques déceptions ça et là avaient un peu endurci le regard, il était plus cynique. Le sourire devint moins large. Les yeux brillèrent  moins. Les gestes devinrent avares. Je venais de naitre dans un  monde d’adulte.  Et, c’était la jungle.

 L’instinct de survie devient imminent,  il fallait se préserver des épines qui se trouvaient ça et là.  Par peur de se blesser, chacun se recroquevillait dans une bulle. Je n’y échapperai pas. Les échanges devinrent moins franches et les amitiés moins sincères.

 Je naquis dans ce monde nouveau qui  failli me rendre aveugle. Il n’y avait pas assez de couleurs, tout était gris et sombre ; misérable et creux. Un monde de zombies où le bonheur devenait matériel,  l’amour, carrément physique. Et la joie d’aimer? Une sottise.

 Et moi, femme, dans ce jungle où le sexe se mourrait, disparaissait, faisant place à un 3ème sexe,  et que les savants cherchaient à le réinventer en introduisant un nouveau concept : le genre, il fallait que je me mêle aux combats des hommes pour prétendre les séduire. La donne avait changé. Il fallait les ressembler. Alors le look devint androgyne, et le corps de la femme devint maigre et musclé. Etre sexy et savante, chef de famille et chef d’entreprise: voilà l’idéal des femmes de ma génération ;  mais le problème c’est qu’avec ça,  la névrose n’est jamais bien  loin.

Quelques hommes, paresseux et faibles,  renoncèrent à leur devoir, et se plaisent  à ce jeu de rôles. Et la femme plus désespérée que jamais  fait semblant de se trouver une autre raison de vivre en dehors de ces compagnons de toujours. On s’ignore, on cherche son bonheur de son côté, ne comprenant pas que cela est impossible quand on est seul. Alors, quand le corps réclame son dû, on s’invente des amours qui n’ont aucune valeur que la fortune qu’on y met. 

Et pourtant, mon corps n’était pas fait pour endurer  les 10 travaux d’Hercule. Dieu au sommet de son art, l’avait moulé avec grâce, avec une divine douceur pour lui donner des formes belles, harmonieuses et souples. Même la démarche  avait reçu un coup de scalpel magique pour qu’elle puisse être dansante  à chaque pas.

Cette œuvre d'art, qu’il fallait que je torture aujourd’hui, soumise  à la dictature des mégalomanes de la mode,  avait eu jadis, son heure de gloire. Source d’envie et  de querelles,  de guerre et de paix, de défis grandioses qui changèrent à jamais  le visage de certains pays, les femmes n’avaient pas besoin de la force d’Achille pour savoir mouler le monde à leur guise.

En quelques minutes, leurs  câlins et leur tendresse suffisent à terrasser le plus fort des hommes.

Il est peut-être temps, qu’on se réconcilie avec cette essence originelle, qui nous donne une force dont on ne soupçonne la grandeur, et qui ne se mesure pas par notre  férocité mais par la beauté et la complexité de notre âme.

Une prise de conscience qui me fait  sourire, car jusqu’à ce soir, je n’y avais pas vraiment pensé.  Alors je me dis : en fin de compte, ce n’est pas si mal d’être une femme.

 Je n’ai pas besoin de revendiquer mes droits pour savoir que j’ai tous les droits ; et je n’ai pas besoin de couronne pour être la reine de l’humanité.

Demain,  je me parfumerai encore,  prendrai plaisir à souligner  mon regard de khôl et à parer mes lèvres de rose. J’accentuerai mes coups de hanche à  chaque pas que je ferai, sachant qu’ils  ne définissent  ce que je suis, mais que c'est parce que, j’aime tout simplement cela.

Bonne fête de 8 mars!

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